N. Maharaj à ses disciples: "Vous vous accrochez aux
rivages, pendant que j'essaie de vous lancer au milieu de la rivière, où vous
pouvez flotter et suivre le flot. Je vous dis de lâcher prise, mais vous ne le
faites pas, ou vous me demandez une méthode pour le lâcher prise... Finalement,
j'abandonne et je vous tape sur les doigts pour que vous lâchiez"
(traduction libre)
Avant de lâcher prise, il faut prendre conscience que nous
nous accrochons à quelque chose, que nous cherchons constamment à contrôler le
déroulement de ce qui est. Nous sommes des contrôlants. Je ne parle pas de ceux
pour qui c'est problématique, je parle de monsieur et madame tout le monde.
Vous. Nous. Moi. Toi.
Comment en prendre conscience. Pour ma part, la méditation
m'aide bien à voir ces mécanismes à l'œuvre car pour méditer justement, pour
arriver à la méditation réelle, il faut justement lâcher prise.
Quand on dit qu'il faut arrêter de penser, en fait, il faut
voir que la pensée est le mécanisme de contrôle par excellence. Quand nous
pensons à ce qui s'est passé, on passe en revue le passé comme pour le
réécrire. Ou pour le digérer. Car on se rend bien compte que le réel n'est pas
entièrement contrôlable. Et parce qu'il échappe à notre contrôle, il laisse des
traces dans notre mémoire et on tente de le contrôler après coup.
Quand on pense au futur, on tente de la planifier bien
souvent.
Ou alors on rêve. On rêve d'une autre vie. D'un projet. Le
rêve, le désir, est une autre façon de fuir le réel. Au lieu de plonger dans le
moment présent, on se projette dans l'imaginaire. L'ego se passe un petit
cinéma pour compenser le manque que nous ressentons. Le manque à être. Car à
force de ne pas être, on ressent ce vide. Alors l'ego cherche dans sa panoplie
de stratégies un moyen illusoire de divertir le manque. Tout sauf lâcher prise.
Il faut à tout le moins reconnaître l'ingéniosité de l'ego
pour nous éviter le contact avec le réel.
Donc la méditation nous fait voir tous ces mécanismes, ces
réflexes et rouages bien huilés que nous avons développés.
Le but c'est de les voir sans se laisser prendre par le jeu
de l'ego. Car la grande force de l'ego c'est de nous faire croire à sa réalité.
Il finit toujours par capter notre attention. Par nous séduire. C'est un
diablotin à sa manière.
Alors, lorsqu'on voit un de ses mécanismes à l'œuvre, il
faut trouver une façon de s'en détacher.
Manœuvre par manœuvre, il nous faut être aux aguets et nous
désidentifier du monde projeté par l'ego. Afin d'éviter qu'il nous entraîne
dans son monde. On peut sentir la force d'attraction de son monde dans notre
esprit et même dans notre corps. Le corps peut devenir inconfortable. On se
sent fatigué. Comme si la fin du monde de l'ego ne pouvait conduire qu'au
sommeil.
Petit à petit, à mesure que nous détachons les amarres, nous
allons sentir les vagues de l'être nous frôler l'âme. Ça peut se faire
doucement comme ça peut se faire assez soudainement. Il y en a qui aime plongée
dans l'eau d'un coup ou s'y avancer doucement.
Peu importe, nous commençons alors à vivre. À tel point que
la première fois qu'on vit ce type de plongée dans l'être est souvent qualifiée
comme une renaissance. Certaines traditions nous invitent alors à prendre un
nouveau nom pour symboliser cette nouvelle naissance.
Alors, je nous souhaite de larguer les amarres et de
renaître par la plongée dans l'être qui est pourtant tout autour de nous et en
nous. Il n'y a que cet ego qui ne veut pas le reconnaître et qui s'obstine à
créer un monde illusoire pour nous empêcher de le voir.
Et que devient l'ego après cette plongée dans l'être,
plongée qui se fera de plus en plus fréquente?
Ce sera sans doute un choc pour lui. Il perd sa place sur le
trône royal de la conscience. Mais il va gagner en sagesse et en humilité.
Certains disent qu'il est alors appelé à disparaître. D'autres disent qu'il
devient transparent. Enfin, certains disent qu'il prend tout simplement sa
juste place dans notre conscience et que son pouvoir de séduction n'a plus
d'emprise sur nous.
À chacun de le découvrir au fond...de l'être qui réside en
lui.






